
Un, deux, trois… Soleil !
Aujourd'hui, je voudrais vous parler de passion.
Oh, je vous vois venir. Non, pas de passion amoureuse, surtout lorsque l'on s'appelle Madame Lamour. Je voudrais vous parler de cette passion qui m'anime depuis toujours. Celle qui nourrit mon imagination. Celle qui me pousse à créer des vêtements. Celle qui donne une place à mes sensations, à mes souvenirs et à mes émotions.
Bien sûr, tout commence dans l’enfance, si je devais faire un arrêt sur image de mes premiers souvenirs, je reconnaîtrais en premier lieu ma capacité à percevoir toutes les sensations et à les collecter.
Je serais incapable de me remémorer et de classifier les événements, les faits marquants ou ceux qui semblent insignifiants et qui sont pourtant les acteurs essentiels de ma construction intérieure.
Certaines perceptions sont restées.
Une lumière.
Une odeur.
Un bruit.
Une matière.
Une couleur.
Un lieu.
Une mélodie.
Une voix aimée.
Comme si, très tôt, mon esprit avait commencé à constituer un dictionnaire intime dans lequel chaque émotion, chaque image, chaque détail venait prendre une place particulière.
Je me souviens de la Provence.
De son soleil intense.
De ces moments où l'on cherche naturellement l'ombre pour retrouver un peu de fraîcheur.
Des odeurs de la terre chauffée, des plantes, des goûts, des saveurs.
Je me souviens de l'huile d'olive qui embaumait mon enfance. Je me souviens des gestes de mes grands-mères, de leurs mains, des préparations, de ces moments où la cuisine devenait un lieu de transmission et de présence.
Lorsque l'on est enfant, on ne regarde pas le monde comme un adulte.
On le perçoit à hauteur de sa petite taille.
On observe autrement.
Une table paraît immense.
Des mains deviennent un repère.
Une odeur peut devenir un refuge.
Une voix est une présence rassurante.
Certains fragments de vie s'impriment en nous sans que nous sachions encore pourquoi. Ils deviennent une matière invisible qui nous accompagne longtemps.
Peut-être est-ce ainsi que s'est construit mon regard ?
Je n'ai jamais eu le sentiment d'accumuler des souvenirs.
J'ai toujours eu celui de recueillir des sensations.
Des couleurs.
Des textures.
Des mouvements.
Des sons.
Des mots.
Des rencontres.
Tout ce qui me touche continue de dialoguer en moi.
Parfois, bien des années plus tard, ces éléments se rejoignent naturellement.
Une couleur appelle une matière.
Une matière appelle une forme.
Une histoire appelle une création.
C'est peut-être ainsi que naissent mes vêtements.
Je n'ai jamais seulement assemblé des tissus.
J'ai toujours cherché à créer des liens.
Entre les matières.
Entre les époques.
Entre les influences.
Entre les cultures.
J’ai toujours cherché à donner du sens et à accompagner tous ces éléments pour que chaque création, soit porteuse d’une histoire qui vous touche.
Mon univers s'est construit dans cette pluralité.
La Provence, les racines italiennes de mon grand-père, l'influence espagnole de Mañuela, les couleurs, les gestes, les histoires transmises.
Tout cela compose une palette intérieure.
Une palette qui ne demande qu'à dialoguer.
C'est probablement pour cela que mon style est naturellement le Mix & Match.
Je mêle.
Je rapproche.
Je fais se rencontrer ce qui semblait parfois ne pas devoir l'être.
Comme dans la vie.
Comme dans les souvenirs.
Comme dans les rencontres humaines.
Lorsque je crée une robe, je ne pense pas seulement à un vêtement.
Je pense à un espace.
Je construis une maison de tissu.
Une architecture souple qui doit accueillir une femme, respecter son corps et lui permettre de vivre pleinement.
Le modélisme m'a appris que chaque corps possède ses propres proportions, ses propres volumes, ses propres mouvements.
Créer demande d'observer, de réfléchir, de comprendre.
Le corps n'est pas une contrainte à laquelle un vêtement doit répondre.
Il est le point de départ d'une création.
Je construis des espaces de liberté.
Peut-être que le vêtement n'est pas là pour cacher les briques qui dépassent, celles que nous avons parfois appris à regarder comme des défauts.
Peut-être qu'il est là pour nous apprendre à regarder autrement la construction entière.
Chaque relief, chaque volume, chaque creux, chaque histoire participe à l'architecture unique d'une personne.
Rien n'est à effacer.
Tout raconte un chemin.
C'est aussi pour cela que mes créations sont uniques.
Pas seulement parce que l'upcycling impose de travailler avec des matières qui ne se reproduisent pas à l'identique, mais parce que je crois profondément que chaque femme est incomparable.
Un vêtement unique est une invitation.
Une invitation à s'approprier son propre territoire de liberté et de beauté.
Un espace où elle peut se reconnaître.
Un espace où elle peut être pleinement elle-même.
Si je crée aujourd'hui, ce n'est pas seulement pour fabriquer des vêtements.
C'est pour prolonger tout ce qui m'a construite.
Les sensations.
Les rencontres.
Les couleurs.
Les histoires.
Les êtres aimés qui ont éclairé mon chemin.
Et cette lumière intérieure qui, depuis toujours, transforme ce que je reçois du Monde en quelque chose de vivant.
Créer, pour moi, c'est donner une forme visible à tout ce qui m'habite, à tout ce que j'ai reçu, à tout ce qui nourrit encore mon regard. C'est bâtir des espaces de liberté, des vêtements dans lesquels des femmes pourront se reconnaître, se sentir belles et habiter pleinement qui elles sont.
Sachez que j'aime passer de la solitude de mon atelier à ce plaisir, souvent émouvant, de vous rencontrer. D'échanger, de dialoguer, d'entrer en résonance avec vous. Ce sont ces moments précieux qui nourrissent aussi mon travail. Dans ce Monde que je souhaite profondément pluriel, nos rencontres, nos regards croisés, ces instants où un vêtement devient un prétexte pour parler de nous, sont l'un des plus beaux accomplissements de mon travail d'artisane passionnée.
Cécile Lamour
C.Lamour parce que le Monde est pluriel
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