
Et si nous avions oublié le plaisir de porter une robe ?
Je la voyais passer devant mon stand, à plusieurs reprises et son regard revenait toujours sur la même robe longue couleur rouge flamboyant. Elle s'arrêtait quelques instants, la contemplait, puis repartait, comme attirée et retenue à la fois.
Finalement, je suis allée à sa rencontre. Nous avons parlé et elle m'a raconté qu'elle ne portait plus de robe depuis longtemps. Je comprenais que la vie lui avait laissé des blessures. Son mari l'avait quittée des années auparavant et depuis, elle n'avait plus envie de s'habiller pour se faire plaisir et encore moins pour plaire.
Cette robe rouge l'appelait pourtant.
Je lui ai simplement dit en souriant : « Je vous imagine aller danser avec cette robe et qui sait, peut-être rencontrer un homme charmant. »
Elle a ri et elle est repartie avec la robe.
Deux mois et demi sont passés et j'ai reçu un message.
Elle avait osé aller danser. Elle portait cette fameuse robe rouge. Elle avait rencontré en effet, un homme charmant, mais surtout, elle avait retrouvé l'envie de plaire.
Je ne crois pas que cette robe ait changé son destin.
Je crois simplement qu'elle a accompagné le moment où cette femme s'est autorisée à redevenir pleinement elle-même.
Je garde précieusement cette histoire en mémoire. Elle me conforte dans ma passion de créer des vêtements pour vous accompagner, dans les moments forts comme dans le bonheur tout simple de vous plaire au quotidien.
Depuis dix-sept ans, avec mon entreprise artisanale C.Lamour, je vous accompagne et je vous observe avec bienveillance.
Je regarde vos gestes. Vos hésitations. Vos engouements pour un vêtement. Je vois vos sourires devant le miroir. J'écoute vos confidences. Je vous vois aimer ou redécouvrir avec bonheur votre féminité, surtout quand vous essayez une robe.
Au fil des années, je me suis souvent interrogée en constatant que les femmes portaient de moins en moins de robes au profit du pantalon
Le pantalon est devenu le vêtement de presque toutes les circonstances et c'est une formidable conquête, car pendant des siècles, les femmes ont dû se battre pour avoir le droit de le porter. Et il leur a offert une liberté de mouvement, d'action et d'autonomie qui leur avaient été longtemps refusée.
Cette avancée est précieuse, mais je constate que nous avons peu à peu laissé la robe devenir un vêtement réservé aux grandes occasions, comme si elle n'avait plus vraiment sa place dans le quotidien.
Et lorsque je présente ma collection L'Impertinente, en upcycling, j'entends souvent la même phrase.
« J'adore cette robe, mais elle n'est pas pour moi, je n’oserais pas la porter et pourtant qu’elle est belle !»
Cette phrase me touche toujours et je me demande quelles sont les motivations du choix de délaisser le port des robes ?
Est-ce une recherche de simplicité ou d’uniformisation pour ne pas être remarquée ou une auto-censure liée à l'âge ou à la morphologie ou à d’autres raisons personnelles ?
À quel moment ces décisions s’imposent elles en effaçant le simple plaisir de s’habiller ?
À quel moment l’envie disparaît-elle ?
Et je crois que le véritable sujet est là. L'envie.
L'envie de couleur.
L'envie de douceur.
L'envie de danser.
L'envie de séduire, parfois.
L'envie de se plaire.
L’envie d’affirmer sa féminité.
Une robe ne se porte pas seulement, elle se ressent. Avant même de dessiner un modèle, je commence toujours par toucher le tissu. Je le laisse glisser entre mes doigts, je le froisse légèrement, j'écoute son bruissement.
J'observe sa lumière et je vois déjà les associations de formes et de couleurs. J'imagine son mouvement et je laisse naître un modèle unique qui, je l'espère, vous donnera envie de vous plaire.
On dit souvent qu'une robe dévoile mais je crois parfois qu'elle protège. Non pas des regards, car les femmes savent, hélas, qu'elles peuvent être jugées quel que soit le vêtement qu'elles portent.
Une robe trop courte.
Trop longue.
Trop près du corps.
Trop colorée.
Trop discrète.
Les commentaires semblent ne jamais manquer.
Comme si le vêtement autorisait chacun à porter un jugement sur celle qui le porte ou sur son corps.
Une robe n'est pourtant jamais une invitation, elle est un choix.
Et ce choix mérite le même respect que n'importe quel autre choix.
Lorsque je parle de protection, je pense à autre chose.
Je veux dire, à cette sensation qu'offre une belle matière lorsqu'elle effleure la peau, à cette impression d'être enveloppée sans être enfermée, à cette douceur qui accompagne chacun de nos mouvements.
Pour moi, la robe est l'une des expressions les plus heureuses de la féminité, non pas parce qu'elle la définit, mais parce qu'elle peut lui offrir un espace pour s'exprimer librement.
Il existe autant de féminités qu'il existe de femmes.
Certaines les expriment en jean.
D'autres en tailleur.
D'autres encore dans une robe en soie qui danse au moindre souffle de vent.
Toutes sont légitimes.
Toutes sont belles lorsqu'elles sont choisies librement.
Dans un monde qui nous pousse sans cesse à aller plus vite, à être plus efficaces, plus performantes, porter une robe est peut-être une manière de réintroduire un peu de douceur.
Un peu de lenteur.
Un peu de poésie.
Le plaisir d'un tissu qui accompagne chacun de nos gestes.
Le plaisir d'une matière qui touche la peau.
Le plaisir, tout simplement, de sentir que l'on est encore vivante.
Je ne rêve pas d'un monde où toutes les femmes porteraient des robes.
Je rêve d'un monde où plus aucune femme ne renoncerait à en porter une parce qu'elle pense que son âge, sa silhouette, son histoire ou le regard des autres ne le lui permettent plus.
Je rêve que les robes redeviennent un choix.
Un choix libre.
Un choix joyeux.
Un choix profondément personnel.
Si une robe attire ton regard, ne détourne pas les yeux trop vite, essaie-la.
Marche quelques pas, respire, regarde-toi avec douceur.
Peut-être ne la choisiras-tu pas ou peut-être que oui.
Peu importe, car le plus beau geste est souvent celui d'oser essayer, c'est parfois ainsi que commencent les secondes vies.
Et peut-être que le véritable oubli n'était pas celui de la robe, mais celui du plaisir de retrouver l'envie.
L'envie de se sentir belle.
L'envie de se sentir libre.
L'envie de se sentir pleinement vivante, dans toute sa féminité.
Après tout, la véritable impertinence n'est peut-être pas de suivre la Mode ou les injonctions de la société, mais d'oser être pleinement soi.
Cécile Lamour
C.Lamour parce que le Monde est pluriel
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